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Afrique du Sud: l’éventuelle expropriation des fermiers blancs continue d’aggraver la situation sécuritaire

Afrique du Sud, 12/12/2018 parSteven Sohn

Avec ses paysages imposants, sa faune à couper le souffle et ses métropoles animées, l’Afrique du Sud n’est pas pour rien l’une des destinations touristiques ou d’émigration préférées des Suisses et Suissesses. Dans le même temps, nous recevons sans cesse des nouvelles alarmantes à son sujet: violence, chômage et menace d’une vague d’expropriations. Que se passe-t-il en Afrique du Sud? Y est-on en sécurité?

L’Afrique du Sud en proie à la récession, aux inégalités sociales et à la criminalité

Après avoir contribué de manière significative à la chute du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC) a pris le pouvoir en 1994. De nombreuses promesses ont été faites et l’espoir d’un avenir meilleur avec un peuple uni et prospère vivant dans la paix (la «Nation arc-en-ciel») a été éveillé. En attendant, c’est plutôt la désillusion qui gagne du terrain.

L’économie enregistre actuellement une tendance à la baisse massive malgré les progrès initiaux. Avec un taux de chômage s’élevant à 27%, le pays est même tombé dans une situation de récession au deuxième trimestre 2018. Les conditions sociales demeurent précaires pour de larges couches de la population. En effet, 55% vivent sous le seuil de pauvreté et l’écart continue de se creuser entre les riches et les pauvres. Selon la Banque mondiale, l’Afrique du Sud est actuellement considérée comme l’un des pays ayant les inégalités sociales les plus prononcées.

Vient s’y ajouter un problème grave de criminalité. Sur le plan national, outre les attaques à main armée et les coups et blessures, on assiste aussi à une augmentation significative des meurtres. L’Afrique du Sud a l’un des taux d’homicide et de viol les plus élevés au monde avec 20 000 cas de meurtres et plus de 40 000 cas de viol rien qu’en 2017 – et cette tendance est encore à la hausse.

Force est de constater que c’est surtout la population noire qui est touchée par la pauvreté, le chômage et les excès de violence. Malgré de nombreux programmes mis sur pied pour améliorer la situation (avec parfois des mesures très controversées, comme celle des quotas), leur effet est aussi resté très en deçà des attentes à cause de la corruption et de l’incompétence. En fin de compte, seule une petite élite noire en a profité, tandis qu’une grande partie de la population reste sur le carreau.

 

Le désenchantement du Congrès national africain (ANC) 

Il s’ensuit une large désillusion de la population à l’égard de l’ANC ainsi qu’une frustration généralisée. Celles-ci se manifestent à la veille des élections au printemps 2019, notamment, par la montée des partis d’extrême gauche, tels que le parti anticapitaliste «Economic Freedom Fighters [Combattants pour la liberté économique]» (EFF). Leur cheval de bataille dans la campagne électorale est la question controversée du partage des terres.

En tant que reliquat de la domination coloniale, la propriété des terres agricoles demeure, en effet, essentiellement (72% encore en 2017) entre les mains des fermiers blancs («Boers»), alors que seuls 8% de la population sud-africaine est blanche. Cette disparité est constamment à l’origine de tensions entre les noirs et les blancs. Les observateurs mettent en garde contre une bombe à retardement depuis des années déjà.

L’EFF rend l’ANC responsable de cette inégalité, étant donné que ce dernier n’a pas beaucoup avancé sur la question des terres malgré les promesses faites depuis 1994. Comme solution à ce problème, l’EFF propose, pour sa part, une «expropriation sans compensation». Concrètement, l’EFF exige que le gouvernement prenne les terres des fermiers blancs, sans aucun paiement, et qu’il les attribue aux fermiers noirs. Cette idée semble être accueillie favorablement par l’électorat: l’EFF pourrait obtenir plus de 10% des voix aux élections de 2019. Cela contribue à mettre davantage la pression sur l’ANC, déjà affaibli.

Selon les observateurs, cette pression a amené l’ANC, sous l’actuel Président de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, à proposer lui aussi des plans d’expropriation sans compensation. Pour le moment, le Parlement examine encore la constitutionnalité de telles mesures.

 

Menaces d’expropriations: répercussions éventuelles sur le plan économique et sécuritaire 

La montée de l’EFF ainsi que les plans du gouvernement sont à l’origine de grandes incertitudes parmi les fermiers blancs, car une expropriation sans compensation pourrait les priver de leurs moyens de subsistance. De plus, la rumeur d’éventuelles expropriations pourrait provoquer une chute des prix des terrains; les fermiers seraient alors obligés de vendre leurs terres à perte et ne seraient plus en mesure de rembourser leurs crédits. Cela pourrait avoir pour conséquence d’affecter sérieusement les banques, qui ont octroyé des crédits d’une valeur de plus de 90 milliards de rands (6,5 milliards de francs suisses) aux fermiers à la fin de 2016. Cette situation pourrait engendrer une crise bancaire, qui à son tour pourrait déclencher une spirale descendante pour l’économie déjà en difficulté. À cet égard, un aperçu de ce qui s’est passé de l’autre côté de la frontière, au Zimbabwe, donne matière à s’inquiéter: sous le Président Robert Mugabe, les expropriations avaient conduit à une forte baisse des revenus agricoles, ce qui a largement contribué à plonger le pays dans une massive crise économique.

Au sein d’une partie de la population blanche, les craintes vont encore plus loin, et l’on parle même d’une menace de génocide imminent contre les blancs, et plus particulièrement les fermiers. Ces craintes se fondent d’une part sur le nombre apparemment croissant d’attaques de fermes – où les fermiers blancs sont cambriolés, parfois torturés, voire tués. En raison de données insuffisantes, il est cependant difficile de savoir si cette augmentation existe réellement et, si tel est le cas, d’en connaître les raisons. L’on ne peut déterminer avec certitude si les attaques sont à mettre sur le compte de la criminalité généralement en hausse ou si de véritables motifs racistes y sont cachés.

Cependant, une chose est sûre: un vent politique contraire semble souffler pour les fermiers blancs, notamment en provenance de l’EFF. Le Président de ce dernier, Julius Malema, se fait remarquer avec ses propos agressifs et son discours en partie antiblanc. C’est ainsi qu’il a, par exemple, déclaré en 2016 ne pas appeler au massacre des blancs, «du moins pour le moment». En outre, il a plusieurs fois chanté la chanson antiblanc «Kill the boers [tuez les fermiers blancs]». En 2018, il a réaffirmé: «Nous coupons la gorge de la blancheur».

Les tensions entre les blancs et les noirs augmentent sans cesse. Le rêve de la «Nation arc-en-ciel» semble plus que jamais lointain.

 

Perspectives: le pays reste assis sur une poudrière

La situation semble sans issue. Des expropriations sans compensation pourraient entraîner des conséquences économiques catastrophiques et aggraver davantage la situation sociale. Il n’est pas exclu qu’on assistera à une spirale de la violence, d’autant plus car certains fermiers blancs ont déjà annoncé une résistance armée.

Cependant si le gouvernement devait reculer, l’EFF menace également de son côté de causer du tort. Selon Malema, si la population devait à nouveau être «dupée», cela mènerait à une révolution. Et il a promis que l’EFF soutiendrait le peuple de toutes ses forces dans ce combat. Selon lui, il n’y a plus de retour en arrière.

La situation en Afrique du Sud doit donc être considérée comme étant «instable». Cela se reflète également dans l’index Soliswiss des risques: avec 30 sur 40 points, l’Afrique du Sud appartient au groupe des pays exposés à un risque de sécurité élevé. Certes, la situation sécuritaire diffère selon les régions, mais le risque général ne doit pas être sous-estimé, surtout à l’approche des élections.

Les voyageurs et les émigrants devraient prendre les mesures de sécurité et les dispositions en matière d’assurance appropriées, et plus particulièrement ne pas se rendre dans les régions considérées comme dangereuses. Nous vous recommandons, par ailleurs, de consulter régulièrement les Conseils aux voyageurs du DFAE en Afrique du Sud.

Photo: Werner du Plessier, unsplash.com

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