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Nicaragua: un pays s’abîme dans le chaos

Nicaragua, 25/09/2018 parSteven Sohn

Protestations massives, combats de rue et violations des droits de l’homme: la violente dissolu-tion, par les forces de l’ordre nicaraguayennes, d’une manifestation initialement pacifique contre une réforme du régime des retraites prévue par le gouvernement de Daniel Ortega a entraîné une spirale de violence sans précédent tuant plus de 300 personnes. La situation ne semble actuelle-ment pas prête de se stabiliser.

Le Nicaragua reste agité. Une réforme du régime des retraites présentée par le président autoritaire Daniel Ortega a déclenché les plus grands troubles que le pays a connus depuis la révolution de 1979. Cette réforme qui était en fait censée améliorer l’état des finances publiques en berne a pourtant fait rompre les digues dans ce pays d’Amérique centrale: après des années de tension croissante sous le spectre d’accusations de fraudes électorales et d’atteintes à la démocratie, d’expropriations arbitraires de paysans et de licenciements économiques massifs dans le secteur public, le peuple en a eu assez. En avril 2018, des milliers de Nicaraguayens et de Nicaraguayennes ont manifesté dans les rues de Managua, la capitale. Ce rassemblement qui se voulait pacifique a cependant été violemment dissous par les forces de l’ordre nicaraguayennes. Plusieurs personnes y ont trouvé la mort.

Cette réaction brutale du gouvernement a mis le feu aux poudres, entraînant des manifestations dans tout le pays – cette fois-ci dirigées contre Ortega lui-même. Dans les semaines qui ont suivi, de nombreux lieux du pays ont été le théâtre de manifestations de masse, de barrages de rues et de grèves, que les forces de sécurité et des groupes paramilitaires ont dissous en partie dans des combats de rue violents, ayant souvent eu des conséquences mortelles pour les civils.

Au mois d’août, le gouvernement a enfin réussi à lever les dernières barricades et à endiguer le mouvement de contestation. On ne peut toutefois pas dire que la situation soit revenue au calme: avec une poigne de fer, Ortega essaie maintenant de tuer dans l’œuf toute nouvelle flambée de protestation. Les forces de sécurité et des groupes paramilitaires patrouillent dans les rues, entrent dans les maisons et procèdent à des arrestations arbitraires. Dans son rapport du mois d’août, la Commission des droits de l’homme de l’ONU reproche aussi aux dirigeants nicaraguayens «une utilisation disproportionnée de la force» qui se traduit par des violations graves des droits de l’homme infligées aux opposants du gouvernement. Elle recense des exécutions expéditives, des «disparitions de personnes», des emprisonnements arbitraires massifs, ainsi que torture et mauvais traitements.

La population continue de manifester, mais la force du mouvement semble progressivement s’essouffler devant la brutalité de l’appareil étatique: en raison des persécutions, des milliers de manifestants et d’opposants du gouvernement ont été obligés de tomber dans la clandestinité, voire de fuir le pays, d’abandonner leur travail ou leurs études, et de quitter leurs familles. Cette situation sape le moral du mouvement, ce qui d’après quelques analystes, permettra à Ortega de se maintenir au pouvoir momentanément.

Les conséquences de ces troubles sont toutefois désastreuses: l’économie est exsangue, la pauvreté croissante, et la situation sécuritaire instable. S’ajoute à cela une paralysie des infrastructures du fait des manifestations, engendrant des pénuries dans l’approvisionnement de base. Outre le manque de denrées alimentaires et de produits d’hygiène, ces problèmes se traduisent par un accès limité aux médicaments et aux hôpitaux. À cela s’ajoute la désillusion de nombreux Nicaraguayens qui avaient cru que ces situations proches de la guerre civile étaient révolues. À long terme, ces facteurs devraient encore renforcer la frustration de la population et entraîner de nouvelles manifestations accompagnées d’affrontements violents, notamment parce qu’Ortega refuse tout dialogue.

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